JÉSUS ET LA DÉLIVRANCE


Outre des guérisons spirituelles et des guérisons corporelles, le Seigneur Jésus a opéré des libérations de possédés par le démon ou par des esprits impurs, qui exerçaient une emprise psycho-somatique sur des hommes. Le vocabulaire employé dans les évangiles à ce sujet consonne souvent avec celui des guérisons1 ; il est clair néanmoins que la réalité en diffère, car si le Christ accomplit des guérisons, il expulse les démons (Lc 13, 32 ; Mc 1, 34.39 ; 16, 9). En ce domaine, la délivrance du démoniaque gérasénien constitue un cas typique (Mc 5, 1-15)2 : l'homme est dominé par un esprit impur, déploie une force surhumaine, hurle, se mutile, habite dans des tombeaux (v. 2-5), ne contrôle plus ni son corps, ni son âme (v. 15)3 ; Jésus pratique alors un exorcisme ; il ordonne4 à l'esprit impur, tout en lui demandant son nom, de sortir du malheureux (v. 8-9) ; l'esprit se révèle être légion car il n'est pas seul à posséder l'homme (v. 9) ; à l'agitation provoquée par la rencontre avec Jésus et à l'expulsion vers un troupeau de porcs (v. 11-13), fait suite un retour à la paix et à la liberté pour l'ancien démoniaque (v. 15.20).

 

Si les signes de possession du gérasénien paraissent évidents, le mal qui frappe d'autres personnes pourrait ne ressortir qu'à un handicap physique ou mental. Pourtant, le démon, voire les démons, est en cause réellement ou, à tout le moins, dans l'interprétation de ceux qui demandent une délivrance5. Le degré d'emprise démoniaque varie aussi selon les cas : en Lc 8, 2, il est dit de femmes que Jésus a guéries, qu'elles étaient seulement « tourmentés par des esprits impurs »6. Quant à la possibilité de se laisser prendre à nouveau par les démons si l'on s'y dispose, elle est affirmée en Lc 11, 24-26.


1 Cf. par exemple Lc 6, 18 ; 8, 2.

2 // Mt 8, 28-34 et Lc 8, 26-39 ; cf. aussi Lc 9, 37-43.

3 La présentation générale du Rituel romain de l'exorcisme (1998) donne plusieurs signes de possession : « Parler couramment des langues inconnues ou comprendre celui qui les parle ; révéler des choses cachées ou lointaines, manifester des forces supérieures à l'âge ou à la condition physique ; une forte aversion pour Dieu, pour la Très Sainte Personne de Jésus, pour la Bienheureuse Vierge Marie, les saints, l'Église, la Parole de Dieu et les réalités sacrées, surtout les sacrements et les images sacrées », n° 16.

4 Le verbe “exorciser vient du grec exorkizein qui signifie littéralement adjurer, ordonner” ; autre cas d'ordre à un démon en Lc 4, 33-35.

5 Ainsi du démoniaque muet en Mt 9, 32-33 (// Lc 11, 14), du démoniaque aveugle et muet en Mt 12, 22, de la fille d'une cananéenne en Mt 15, 21-28 (// Mc 7, 24-30), du démoniaque lunatique en Mt 17, 14-21 – avec cette précision intéressante dans certains manuscrits que « cette espèce [de démon], on ne la fait sortir que par la prière et le jeûne » (v. 21) –, et de la femme rendue infirme par un esprit que Jésus désigne comme Satan lui-même en Lc 13, 10-16.

6 C'est pourquoi l'Église fait la distinction entre les petits exorcismes, tels le « Délivre-nous du Mal » du Notre Père [« Dans cette demande, le Mal n'est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, l'ange qui s'oppose à Dieu » CEC 2851], les prières de guérison ou de délivrance, et le grand exorcisme ; cf. aussi CEC n°1673 et Dom Gabriele Amorth Exorcisme et Psychiatrie, 2002, Œil F.-X. de Guibert.