COMMENTAIRE DU PSAUME 62

 

Introduction

 

Ce psaume combine une prière d'abandon et un enseignement à la confiance en Dieu seul. De caractère didactique, il reprend des thèmes sapientiels tels celui de la vanité que l'on trouve en Qohélet, et celui de la rétribution ; fait appel à la sentence numérique comme le livre des Proverbes ; s'adresse à un auditoire comme un maître à ses disciples : le psalmiste s'adresse à lui-même, à ses ennemis, à son peuple tout au long du poème, et ne se tourne vraiment vers Dieu qu'au dernier verset (v. 13). Six “vraiment” renforcent ses affirmations (v. 2.3.5.6.7.10).

 

Commentaire

 

1 Au maître de chant. Sur Yedutûn. Psaume. De David.

 

« Sur Yedutûn » : ce nom fait son apparition au Ps 39, 1, mais précédé de l et non de al comme ici et au Ps 77, 1, d'où l'hypothèse de voir là non pas un nom de personne, mais un nom commun dérivé de ydh en lui donnant le sens de “confession” ou d'“action de grâce”. On a aussi proposé d'y voir l'indication de l'air ou du ton sur lequel le psaume aurait été chanté.

 

2 En Dieu seul repose-toi, mon âme,
de lui mon salut.
3 Vraiment, c'est lui mon refuge et mon salut,
mon rempart ; je suis inébranlable.

 

Selon le texte de la Néo-vulgate, le psalmiste commence par s'exhorter lui-même à la confiance en Dieu. Le TM dit littéralement sur un ton affirmatif : « Vraiment, vers Dieu, silence est mon âme ». Il affirme que son âme est et doit rester en silence tournée vers Dieu d'où vient le salut et en qui se trouve protection. Ce verset n'est pas sans rappeler le Ps 37, 7 : « Sois calme/silencieux devant YHWH et attends-le » ; et le livre des Lamentations : « Il est bon d'attendre en silence le salut qui vient de Dieu » (Lm 3, 26). Une telle attitude d'abandon est décrite de manière touchante au Ps 131, 2 : « je tiens mon âme en paix et silence comme un petit enfant contre sa mère ».

 

Le je suis inébranlable – très littéralement « Je ne chancellerai pas abondamment » dit la solidité du psalmiste qui s'appuie sur Dieu, comme l'affirmera aussi le v. 7. Dieu en effet est « refuge », « roc ». En cela, il s'oppose à la vanité des hommes. De lui vient le salut (v. 2) et il est lui-même le salut (v. 3).

 

4 Jusques à quand vous ruer sur un homme
et l'abattre, vous tous,
comme une muraille qui penche,
une clôture qui croule ?
5 Vraiment, de sa hauteur ils projettent de le faire tomber ;
ils se délectent du mensonge.
De leur bouche, ils bénissent, dans leur coeur ils maudissent.

 

Après la confiance, la plainte du psalmiste adressée à ses ennemis. Ceux-ci s'abattent sur lui et cherchent à l'écraser comme le ferait un mur ou un clôture qui s'effondre. Le v. 5 semble suggérer l'importance de la situation sociale du psalmiste. Pour faire tomber celui-ci, les ennemis n'hésitent pas à recourir à l'hypocrisie. Ils se délectent du mensonge, quand le juste lui trouve sa joie dans la Loi divine (Ps 1, 2).

6 En Dieu seul repose-toi, mon âme,
car de lui ma patience.
7 Vraiment il est mon Dieu et mon salut,
mon rempart ; je suis inébranlable.
8 En Dieu mon salut et ma gloire ;
Dieu de ma force ;
et mon refuge est en Dieu.

 

Renouvellement de la protestation de confiance. Le psalmiste s'exhorte lui-même au silence et au calme. Il en est sûr, il ne chancellera pas car c'est en Dieu qu'il trouve sa force, cette vertu qui assure dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien, rend capable d'affronter l'épreuve et les persécutions, et dont les actes caractéristiques consistent à attaquer et à supporter. La patience se rattache à cette vertu.

 

9 Espérez en lui, vous les peuples,
devant lui, répandez vos coeurs ;
Dieu est refuge pour nous.

 

Exhortation sapientielle adressée au peuple qui donne au psaume une portée communautaire. Le psalmiste souhaite faire profiter les autres de sa propre expérience et les conduire ainsi au véritable bonheur. Cette attitude se retrouve dans maints psaumes (cf. Ps 51, 14-15). « Écouler son cœur devant Dieu », c'est lui confier tous ses désirs, ses espoirs, ses joies et ses peines, bref, lui exprimer tout ce que l'on ressent (cf. Ps 102, 1 ; 142, 3).

 

10 Vraiment une vanité, les fils d'Adam,
un mensonge, les fils des hommes.
Dans une balance, s'ils montaient,
ils seraient tous ensemble plus légers qu'une fumée.

 

Inutile de se confier dans les hommes qui, dans leur être même (v. 10a), sont éphémères telle une buée. Ce thème sapientiel de la vanité était déjà développé par le Ps 39, 6 : « Rien qu'un souffle, tout homme qui se dresse, rien qu'une ombre, l'humain qui va » ; le Ps 144, 4 ne dira pas autre chose : « L'homme est semblable à un souffle, ses jours sont comme l'ombre qui passe ». De plus, ces hommes sont menteurs dans leur agir (v. 10b). C'est pourquoi le prophète Jérémie clamera : « Maudit l'homme qui se confie en l'homme, qui fait de la chair son appui et dont le cœur s'écarte de YHWH ! [...] Béni l'homme qui se confie en YHWH et dont YHWH est l'espérance » (17, 5.7).

 

11 N'espérez pas dans la violence
et ne soyez pas trompés par la rapine ;
si les richesses affluent,
n'y attachez pas votre coeur.

 

Pouvoir et richesse ne sont pas non plus des valeurs sûres. Le cœur doit s'écouler en Dieu, non en elles. La violence ou l'oppression désigne tout abus d'autorité. Elle est associée au vol. Si l'on suit le TM, le verset 11b peut être littéralement traduit par « et dans le vol ne vous faites pas vanité [hbl] ». Dans l'Ancien Testament, ce verbe hbl s'applique à ceux qui vénèrent les idoles et qui deviennent ainsi aussi inconsistants qu'elles (2 R17, 15 ; Jr 2, 5). Cette vanité des richesses, le psalmiste la dénonçait déjà au Ps 39, 7 : « Rien qu'un souffle, les richesses que l'homme entasse » ; et au Ps 49, 8-9 : « L'homme ne peut acheter son rachat ni payer à Dieu sa rançon : il est coûteux, le rachat de son âme, et il manquera toujours pour que l'homme survive et jamais ne voie la fosse ». Si l'Ancien Testament considère la richesse comme un don de Dieu, il défend de s'y attacher. Les dons de Dieu ne sont pas Dieu.


12 Une fois, Dieu a parlé ; j'ai entendu ces deux choses-ci :
la puissance est à dieu,quia potestas Deo est,
13 et à toi, Seigneur, la miséricorde ;
car tu rends à chacun selon ses oeuvres.

 

Le message essentiel du psaume est introduit par une sentence numérique dont use volontiers le livre des Proverbes (Pr 6, 16-18 ; 30, 15-31). Au silence du psalmiste répond la parole divine. Dieu a dit une seule chose et le psalmiste en a compris deux, introduite chacune par un quia ( en hébreu) qui équivaut à deux points : la puissance et l'amour appartiennent à Dieu et la juste récompense vient de Lui en fonction de l'agir, du comportement moral, de chacun. On retrouve la doctrine qui parcourt tout le Psautier et même toute la Bible, à savoir que Dieu punit les impies et bénit les justes. Le terme Elohim a été répété 7 fois (v. 2.6.8[x2].9.12[x2]) dans le psaume tant qu'un enseignement était dispensé. Ici au verset 13 où le psalmiste s'adresse directement à son Seigneur, apparaît le terme Adonaï associé à l'amour d'alliance. Son assurance dans l'épreuve lui vient de sa foi en un Dieu fort, aimant et juste. Aux attaques des ennemis, le psalmiste oppose une réponse théologique sans demander leur châtiment. La méditation du Ps 62 « apprend ce qu'est l'homme et ce qu'est Dieu, ce qu'est l'homme sans Dieu, ce qu'est l'homme avec Dieu et ce qu'est Dieu pour l'homme »[1].

 

[1] Vesco J.-L., Le psautier de David, Lectio divina 210, I, Cerf, 2006, p. 553.